Syrie : des enquêteurs de l’ONU dénoncent à nouveau de nombreux crimes de guerre

mis à jour le Lundi 2 mars 2020 à 17h45

Un.org

« Après près de neuf ans, les femmes, les enfants et les hommes syriens continuent de faire face à des niveaux de souffrance et de douleur sans précédent », a dit aux médias Paulo Pinheiro, Président de la Commission. 

Selon les enquêteurs de l’ONU, dans leur lutte déclarée contre le terrorisme, les forces pro-gouvernementales ont ainsi mené des attaques aériennes et terrestres dans le sud d’Idlib qui ont tué et blessé des dizaines de civils. Ces raids aériens ont décimé les infrastructures civiles, notamment les marchés, les camps de personnes déplacées et surtout les hôpitaux.

« Il s’agit notamment d’attaques aveugles contre des objets protégés en vertu du droit international, et de l’utilisation d’armes à sous-munitions », ont-ils dénoncé.

Dans cette « multitude de violations », l’équipe des enquêteurs dirigée par Paulo Pinheiro, a d’ailleurs rappelé des attaques attribuées aux alliés de Damas.

« Sur la base des preuves disponibles, y compris les témoignages, les séquences vidéo, les images de données ainsi que les rapports des observateurs de vol, les interceptions de communication de vol et les rapports d’observation d’alerte précoce, la Commission a des motifs raisonnables de croire qu’un avion russe a participé à chaque incident décrit ci-dessus », a souligné le rapport.

Il s’agit en fait de deux attaques perpétrées à Maarat al-Numan et dans la région d’Idleb qui ont fait au total 63 victimes civiles. Pour l’attaque de Maarat al-Numan qui a eu lieu le 22 juillet et fait au moins 43 civils tués, deux immeubles résidentiels et plus d’une vingtaine de magasins ont été détruits. Des semaines plus tard, une attaque sur le complexe de Haas pour les personnes déplacées a tué au moins 20 personnes, dont huit femmes et six enfants, selon le rapport.

Engager un dialogue de bonne foi pour mettre un terme à ce tragique conflit

Dans la même région, les groupes terroristes d’Hayat Tahrir al-Sham sont accusés d’avoir mené des exécutions extrajudiciaires. De plus, l’offensive pro-turque dans les zones contrôlées par les Kurdes dans le nord-est du pays a également fait l’objet d’exactions.

L’Armée nationale syrienne (ANS) aurait perpétré, selon la Commission, de possibles crimes de guerre comme des pillages, des meurtres ou des prises d’otages.

« S’il s’avérait que des membres de groupes armés agissait sous le commandement et le contrôle effectifs des forces turques, ces violations pourraient entraîner la responsabilité pénale de ces commandants qui auraient dû être au courant pour ces crimes, ou n’ont pas pris toutes les mesures nécessaires pour les empêcher », souligne le rapport.

Plus largement, ces « bombardements aériens persistants » dans certaines parties du sud de l’Idlib n’ont pas laissé d’autre choix aux civils que de fuir.  La majorité des 948.000 civils déplacés dans le nord-ouest sont des femmes et des enfants, et des milliers d’entre eux se réfugient en plein air pendant ces rudes mois d’hiver.

« La crise à Idlib - où plus de trois millions de personnes sont actuellement bloquées - se transforme en une catastrophe humanitaire, où les familles sont constamment en fuite et les enfants meurent de froid », ont fait valoir les enquêteurs de l’ONU.

Selon les enquêteurs onusiens, les parties au conflit continuent d’ignorer ou de refuser la protection, y compris les garanties d’une aide humanitaire soutenue et sans entrave, aux civils vulnérables.

« La priorité immédiate doit être que tous les civils aient accès à la nourriture, à l’eau et à l’assistance médicale dont ils ont besoin de toute urgence. Il est également essentiel de faciliter l’accès des observateurs et des acteurs de la protection pour sauvegarder les droits des civils », ont déclaré les enquêteurs indépendants onusiens.

En conclusion, la Commission demande à chacune des parties de mener des investigations, mais aussi à la communauté internationale de prendre des mesures « pour améliorer la protection des civils ».

« J’exhorte toutes les parties au conflit à engager un dialogue de bonne foi pour mettre un terme à ce conflit tragique », a demandé le président de la commission d’enquête, Paulo Pinheiro.  

Le rapport de la Commission d’enquête sera présenté le 10 mars prochain lors d’un dialogue interactif au Conseil des droits de l’homme à Genève.